Née de l’initiative de Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde, et de plusieurs milliers de personnes de tous milieux qui se sont rassemblées sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris en 1987, le 17 octobre est officiellement reconnu comme Journée Mondiale du Refus de la Misère par l’ONU depuis 1992. Cette journée vise à donner la parole aux personnes directement concernées par la pauvreté, afin qu’elles puissent témoigner des conditions de vie indignes qu’elles subissent, partager leurs résistances quotidiennes et exprimer leurs aspirations. Elle rappelle que la misère n’est pas une fatalité, mais une violation des droits de l’Homme qui doit être combattue. Depuis 1987, des rassemblements sont organisés chaque année à travers le monde, aussi au Luxembourg. Cette tradition s’est poursuivie cette année avec une cérémonie organisée au Centre Culturel de Rencontre Neimënster.
La célébration de la Journée Mondiale a commencé près de la « TABLE DE LA SOLIDARITÉ », un lieu symbolique qui a fêté ses 20 ans l’année dernière. Realisations culturelles
Dans son discours, la présidente Joëlle Christen a présenté le thème de cette année. Elle a ensuite invité chacune et chacun à poser de petits gestes et à adopter des comportements qui permettent à tous de se sentir valorisés, respectés et acceptés. La cérémonie s’est poursuivie par un geste symbolique autour d’oiseaux en origami, en mémoire des victimes de la misère à travers le monde. Ces oiseaux portaient un message de paix, de solidarité et de respect des droits humains. À partir de ce moment, Muriel Nossem, conteuse, a accompagné cette soirée à travers un récit émouvant, porteur de valeurs de partage, de solidarité et de coopération.
La soirée s’est ensuite poursuivie dans la salle Nic Klecker, qui porte le nom de l’un des anciens présidents d’Amnesty International Luxembourg. Le public a pu y entendre des témoignages riches en enseignements, invitant à la réflexion, et ponctués par les interprétations émouvantes de la chorale « HOME SWEET HOME & FRIENDS », qui ont apporté une profondeur émotionnelle particulière.
Les témoignages se sont articulés autour de deux thématiques principales.
° La première abordait « les gestes qui nous font avancer dans la vie », ces attentions et ces actions qui nous encouragent, nous donnent la force de poursuivre notre chemin et contribuent à construire la paix à tous les niveaux. Ces réflexions ont inspiré, au cours des derniers mois, la réalisation d’illustrations marquantes, dont certaines ont été présentées lors de la soirée, tandis que d’autres ont été exposées.
° Les témoignages se sont également articulés autour du thème central de la soirée : « S’unir pour la paix et les droits humains – Habiter la terre ». Ils ont abordé les différentes réalités liées au logement et aux conditions de vie, en mettant notamment en lumière les situations d’insécurité, de précarité et d’incertitude auxquelles de nombreuses personnes sont confrontées au quotidien.
Parmi ces témoignages, celui d’un homme ayant connu la précarité, l’errance et la souffrance à Paris a particulièrement marqué les esprits. Installé depuis 2002 dans son studio, qu’il considère comme sa maison et son havre de paix, il apprécie son indépendance, sa tranquillité et ce sentiment essentiel d’être enfin à l’abri. « … À Paris, j’ai habité partout. J’ai pas dormi à la rue, mais j’habitais chez des gens à droite à gauche. J’allais squatter. C’est fou. T’a jamais ton truc à toi. J’ai eu des galères, prises de bec avec des personnes chez qui je logeais. C’est ma maison, c’est mon logement, c’est chez moi. J’suis à l’abri. C’est important. J’ai connu la rue moi. Je le souhaite à personne. Tu es exposé à tous les vents. »
Un couple a témoigné avec dynamisme de son parcours, des nombreuses difficultés rencontrées et de sa détermination à poursuivre son engagement en faveur des autres. Dans ce combat quotidien, la TABLE DE LA SOLIDARITÉ représente pour eux une source d’espoir et de soutien.
Leur témoignage a mis en lumière la précarité et l’exclusion sociale touchant des personnes âgées, malades ou vivant avec une faible pension d’invalidité, malgré leur contribution au développement du pays. Le manque de logements abordables pousse des personnes à s’installer dans les pays voisins, au risque de perdre certaines aides et de rencontrer des difficultés pour revenir au Luxembourg. Face à cette réalité, le couple a souligné la nécessité de mettre en place un accompagnement adapté. La création d’un service de « conseil social transfrontalier » constituerait une piste concrète pour aider les personnes concernées à mieux comprendre leurs droits et à identifier les aides auxquelles elles peuvent prétendre dans chacun des deux pays. Ce sont des personnes qui sont nées ici, qui ont fait leur scolarité ici, qui ont travaillé ici pendant longtemps et qui souhaitent également continuer à participer à la vie culturelle du pays. « Je compare cela à un train : tant que les wagons apportent leur contribution, tout va bien. Mais si un wagon ne contribue plus, il est dételé et mis sur une voie de garage. Là, il peut pourrir. Où est la solidarité là-dedans ? »
Le dernier témoignage en lien avec la notion « Habiter la Terre » fut un témoignage collectif de jeunes qui ont beaucoup réfléchi à cette question lors de leur séjour à Berlin l’été passé. Ils ont compris qu’un foyer ne se résume pas à un simple toit, mais qu’il doit également offrir sécurité, confort, intimité et stabilité. En construisant eux-mêmes un abri, ils ont découvert l’importance de l’entraide, du temps et des matériaux nécessaires à sa réalisation. Cette expérience leur a également permis de prendre conscience des inégalités en matière de logement à travers le monde, au-delà des frontières de leurs propres pays. « Pour nous, un chez-soi est un lieu qui apporte de la sécurité, un repère stable et la présence de personnes sur lesquelles nous pouvons compter. Chacun devrait avoir le droit d’avoir un endroit sûr et digne pour vivre. Un endroit où l’on peut se dire : C’est ici que nous avons notre place. Ici, nous sommes en sécurité. »
Pour conclure, le traditionnel gâteau a réuni les participants autour d’échanges sur des constats qui, année après année, restent malheureusement similaires et largement partagés. Espérons que cette prise de conscience collective ouvrira la voie à des actions concrètes et à des changements durables, pour une société plus juste et solidaire, où ces commémorations ne seront plus nécessaires.
Un grand MERCI à toutes celles et ceux qui ont contribué à la réussite de cette soirée, ainsi qu’à toutes les personnes qui, par leur présence et leur solidarité, ont partagé ce moment avec nous. Nous remercions tout particulièrement le Ministre de la Famille, Max Hahn, et l’ «Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher », Charel Schmit, pour leur présence à nos côtés.