Suite à notre contribution à l’élaboration du Plan d’Action, le Ministre avait proposé de revenir nous rencontrer une fois le Plan d’Action finalisé, afin de nous le présenter. Il a donc été invité à une de nos « réunions élargies », qui rassemblent régulièrement toutes les personnes engagées et intéressées afin de faire le point sur les actions récentes et sur celles à venir. Ce soir-là, nous étions contents d’accueillir aussi quelques travailleurs sociaux engagés dans la démarche du « Croisement des Savoirs autour de l’aide sociale ». Cette rencontre avait été préparée en amont, afin de nous familiariser déjà avec une partie des mesures contenues dans le plan. Après la projection d’un court film nous replongeant dans la célébration du 17 octobre, Journée Mondiale du Refus de la Misère, la parole a été donnée au Ministre. Celui-ci nous a d’emblée remerciés pour les échanges et les réflexions que nous avions partagés avec lui et son équipe en vue de l’élaboration du plan.
En début de soirée, le ministre a longuement évoqué le « gps social », la nouvelle plateforme conçue pour faciliter l’accès à l’information et aux services d’aide. Ce service sera accessible en ligne et par téléphone. Un bureau sera également ouvert à Luxembourg-Ville au courant du second semestre, et des équipes mobiles se rendront dans les lieux publics, notamment dans les centres commerciaux, les foires, les braderies etc. L’idée a été bien accueillie et, lors des débats, l’importance d’un bureau physique, idéalement présent dans chaque commune, a été fortement soulignée. L’importance de la gentillesse et de la bienveillance des travailleurs sociaux, donc l’importance du contact humain a été soulignée à plusieurs reprises.
Un autre point important du plan concerne la simplification des demandes d’aides sociales. Un travail conséquent a été mené en matière d’automatisation afin que, par exemple, lorsqu’une personne est éligible à une aide, elle puisse bénéficier automatiquement d’autres aides reposant sur les mêmes critères, sans avoir à effectuer de demande spécifique. De plus, des formulaires préremplis sont également prévus.
Le « dossier social partagé » devrait être mis en place pour faciliter les échanges entre les travailleurs sociaux par exemple lors d'un changement de commune (et donc d’Office Social).
Un autre nouvel outil, le « calculateur numérique », créé pour vérifier si une personne peut ou non bénéficier d’une aide, n’a pas fait l’unanimité lors de sa présentation par le ministre, certains estimant qu’il pourrait susciter trop de faux espoirs. Pour le ministre, ce calculateur s’adresse avant tout aux personnes qui, jusqu’à présent, ne pensaient même pas avoir droit à une aide.
Le ministre a ensuite évoqué les aides spécifiques qui ont été augmentées ou nouvellement mises en place. Dans le domaine de la pauvreté infantile, les allocations familiales seront revalorisées et une aide ciblée destinée aux familles à faibles revenus est prévue. Celle-ci serait « linéairement dégressive » afin d’éviter de « pénaliser » un enfant lorsque le revenu familial dépasse légèrement le seuil fixé. Une nouvelle aide est également prévue pour les personnes âgées en situation de précarité. Dans une volonté de simplifier l’accès aux aides, il est envisagé de regrouper plusieurs dispositifs, notamment l’aide ciblée pour les enfants, la nouvelle aide pour les personnes âgées, ainsi que deux aides existantes : la prime énergie et l’allocation de vie chère.
À plusieurs reprises, le ministre a insisté sur la volonté du gouvernement de renforcer la collaboration entre les différents ministères, estimant que la prévention et la lutte contre la pauvreté ne peuvent pas relever d’un seul ministère. Il a notamment mentionné des échanges avec le ministère du Logement pour intégrer la subvention loyer – l’aide la moins utilisée par les ayants droit – à la nouvelle aide regroupant déjà les quatre dispositifs mentionnés ci-avant.
Dans le domaine de l’éducation, il est également prévu d’élargir la gratuité de la garde d’enfants au secteur privé et de rendre les repas dans les cantines des lycées gratuits pour les jeunes issus de familles à faibles revenus, par des moyens non stigmatisants.
Lors des échanges ayant suivi la présentation, de nombreux points abordés ont été accueillis favorablement. Toutefois, dans certains domaines, des éléments semblent manquer ou les mesures prévues ne paraissent pas aller suffisamment loin, ce qui a suscité des réflexions et des interrogations critiques.
- La situation des jeunes en difficulté scolaire, qui ont du mal à apprendre, inquiète fortement les parents. Ceux-ci se demandent si les dispositifs scolaires prévoient suffisamment de mesures adaptées à ces jeunes, même si la politique semble chercher à leur apporter des réponses, notamment à travers différents types de formations, pour éviter qu’ils se retrouvent trop rapidement en situation d’assistance. Pour ces jeunes, la recherche d’emploi devient souvent très difficile. Il n’est pas rare que l’on leur propose des postes dans des lieux difficilement accessibles par les transports publics. À ce sujet, le ministre a souligné que le taux de chômage élevé complique encore davantage la recherche d’emploi et exige, malheureusement, une plus grande flexibilité. Des questions ont également été soulevées concernant les personnes en situation de handicap, dont les revenus sont parfois insuffisants pour accéder au logement sur le marché public. Le ministère cherche à encourager les institutions à développer davantage de « logements autonomes », sous forme de petites structures pouvant accueillir ces personnes.
- Le logement reste évidemment un facteur majeur de la pauvreté. Les longues listes d’attente pour les logements sociaux ont été largement évoquées, ainsi que l’incertitude et le stress liés au logement temporaire pour les familles logées via des agences de gestion locative sociale. Sur ce point, le ministre a insisté sur le rôle « d’accompagnement social » des AIS et a expliqué que de nouvelles mesures incitatives sont actuellement étudiées pour encourager les propriétaires à louer leurs logements à des agences de gestion locative sociales.
- En ce qui concerne le manque de places dans les Maison Relais, source de difficultés pour la recherche d'emploi, une des mesures prévues est la création de « mini-crèches » pour les bénéficiaires du REVIS.
- D’autres sujets abordés ont été le surendettement, la prise en compte – ou non – des revenus des jeunes pour l’octroi de certaines aides, ainsi que le problème des frais médicaux à avancer, dont le ministre a reconnu l’importance.
- La situation des non-résidents, qui ont dû quitter le pays faute de moyens pour se payer un logement et qui n’ont pas accès aux aides luxembourgeoises, notamment le Kulturpass, a également été évoquée comme une source d’injustice.
- L’importance de la collaboration entre le nouveau « gps social » et les communes a été soulignée, tout comme les obstacles rencontrés par les personnes pour demander de l’aide, liés à la honte ou à la peur de retourner dans un service après une mauvaise expérience. Sur ce point, le ministre a fortement encouragé les présents à ne pas renoncer à solliciter l’aide des assistants sociaux, même après des expériences difficiles.
À la fin de cette soirée intéressante en échanges, le ministre nous a remerciés pour notre coopération et pour notre volonté de poursuivre cette collaboration. Une première réflexion à faire en commun concernera les moyens à mettre en œuvre pour que l’information parvienne efficacement aux personnes concernées.
Un grand merci à M. Hahn et à son équipe pour cette présentation captivante et ces échanges enrichissants !